Une action pour la saison :    Des arbres et des fleurs

Cette année, plutôt que de vous proposer une « action de la saison » à réaliser (n'hésitez pas à consulter les articles des années précédentes sur le site internet pour un peu d'inspiration), c'est plutôt une invitation à prendre le temps. Prendre le temps d'observer, de sentir, de contempler. L'hiver, tout ralentit, la nature est moins active, et nous aussi. Passer du temps en nature en hiver est un véritable bonheur. Si vous aimez la neige et que vous avez eu la chance d'en avoir par chez vous, les balades deviennent des aventures d'autant plus intenses. Tous les passages d'animaux terrestres nous sont dévoilés, l'emplacement des conifères, les rameaux lourd du poids de la neige qui nous frôlent, les stalactites de glace sur les rameaux des arbres aux branches nues, ou entourant chaque petit brin de mousse ou de fougère, les petits débris qui tombent des arbres témoignant de l’affairement des petits passereaux qui restent actifs, à chercher de la nourriture, les dessins d'une délicatesse ourlée des fines couches de glace qui se forment au-dessus de l'eau qui court. Bref, la nature regorge de beauté au cœur de la saison hivernale.

Nous pouvons prendre du temps pour observer les oiseaux du jardin auquel nous donnons à manger, peut être apprendre à en reconnaître quelques-uns. Observer les ciels nocturnes étoilés en début de soirées, brillant de mille feux dans l'air humide, une tasse de tisane à la main. Parfois, être surpris par un rayon de couleur au ras du sol, comme ce matin où deux fleurs de primevère m'attendaient devant la porte. Car si la nature ralentit, elle est loin d’être « statique ». Et les arbres caducs (c'est à dire qui perdent leurs feuilles en hiver, à l'inverses des arbres au feuillage persistant qui ne tombe pas en hiver), qui nous paraissent immobiles en hiver, bien que fort ralentit dans leurs activités, nous réservent pourtant de belles surprises.

À l'automne dernier, je vous ai encouragés à partir à la découverte des bourgeons, que l'on peut continuer d'observer une bonne partie de l’hiver, avec des gants.

Vraiment tout l'hiver ? Et bien, cela dépend.

 

Les premiers arbres à fleurir

 

Des bourgeons naissent des nouvelles feuilles, des nouveaux rameaux ou bien des fleurs. Nombreux sont les arbres qui choisissent d'étaler leurs fleurs avant leurs feuilles.

Parmi ceux-là se trouvent quelques précoces, qui, ne craignant pas le froid, n'attendent pas la fin des frimas de l'hiver avant de se parer de leurs fleurs. J'ai envie de vous parler de ces arbres et de leur floraison pendant cet hiver. Pour que vous puissiez profiter en primeur de leur beauté. Car au printemps, ils auront déjà achevé cette partie de leur cycle.

 

C'est pendant les mois froids du début d'année, au cœur de l'hiver que le noisetier ouvre le bal des floraisons. Il annonce, un peu précocement mais à coup sûr, l'arrivée du printemps prochain. Février est un moment particulièrement plaisant pour observer le noisetier commun. Tout le monde connaît le noisetier, et ses chatons. Le noisetier porte ses fleurs mâles et ses fleurs femelle sur le même individu, et ses chatons sont les fleurs mâles, qui portent le pollen. Pour preuve, il suffit d'en secouer un pour voir une belle poudre jaune d'or se rependre aux alentours. Ce grand arbuste, qui se fait discret dans le couvert végétal, se dévoile alors dans toute sa splendeur.

Il nous offre un spectacle éblouissant de lumière lorsque ses chatons se parent de toutes les nuances, du bronze à l'or. Ses chatons jaunes dorés révèlent alors son omniprésence. Et quelle présence ! Il brille, il étincelle, nous offre les premières couleurs chaudes du végétal de la saison ! Passant du jaune d'or a toutes les nuances de l’orange jusqu'au marron chaud de la fin de floraison.

On observe alors le noisetier présent un peu partout, dans les haies, les lisières de foret, les jardins. De presque invisible à la belle saison, il devient le plus visible parmi des arbres caducs de nos région.

 Mais qu'en est-il des fleurs femelles alors ?  Elles sont tout simplement toutes petites, dépassant à peine de leur bourgeon ! Leur discrétion n'a d'égale que la flamboyance de leur pistil. C'est cette couleur intense particulière, entre le pourpre et le magenta, de ces « filaments » qui nous permet de les repérer.

Peu importe les températures, pas besoin d'insectes pour lui assurer sa pollinisation. C'est sur le vent qu'il compte. Voilà pourquoi le noisetier peut démarrer si tôt et sans crainte des températures. Il produit une quantité astronomique de pollen, dont quelques grains se déposeront sur les fleurs femelles d'un autre noisetier, prêtes à le recevoir. En effet, il possède une sorte de système génétique qui l'empêche de s'autoféconder, et il aura donc besoin du pollen d'un autres noisetier pour qu'il y ait une fécondation croisée.

 

Second arbre de nos contrées à entrer dans le bal, l'aulne glutineux. Pour celles et ceux vivant près des cours d'eau, l'Aulne et sa floraison de chatons en quantité astronomique à la couleur entre le violet et le marron si caractéristique est absolument magnifique. On ne peut pas manquer de le reconnaître aux abords des rivières tant sa forme pyramidale et sa couleur violacée est particulière.

C'est est un spécialiste des bords de l'eau, c'est même le seul chez nous capable de pousser les pieds continuellement immergés.

Ce fier gardien des rivières expose ainsi aux giboulées ses chatons mâles emplis de pollen tandis que de discrètes fleurs femelles offrent leurs stigmates pourpre foncé au vent lui aussi.

 

Dans le style « floraison avant les feuilles », nous pourrions citer quantité d’espèces dont les successions dépendent des régions et des climats, parfois presque en simultanée.

Comme les cornouillers mâles, qui nous offrent des couleurs que nous n'avions plus vus depuis quelques temps. Un jaune intense, une floraison superbe, il se soucie de fournir pollen et nectar aux premiers insectes sortant des redoux et des belles journées de fin février et de mars.

 

Nous avons l'orme champêtre, début mars, qui offre ses petites touffes de fleurs rouges. Les prunelliers et autres prunus quelques semaines plus tard (ce sont les cerisiers et prunelliers au sens large), puis certains saules, puis c'est la débandade du débourrage du feuillage qui commence, et en avant le printemps végétal des fleurs.

 

Lorsque nous pensons aux fleurs et au retour du printemps, il est rare que nous pensions aux arbres. Pourtant, leur floraison, globalement plus discrète, n'en est pas moins spectaculaire. J’espère que ces quelques lignes vous donneront envie de profiter de ces instants merveilleux.

 

 

 

Florelle ANTOINE