Les merveilles de la nature :  Le castor : ingénieur, architecte et paysagiste…entre autres !

Dans cette rubrique nous vous proposons de poser un regard émerveillé sur la nature. Pour cette newsletter nous vous invitons à rencontrer le castor, qui est vraiment un animal étonnant aux multiples compétences !

 

Le castor, ses terriers et ses barrages

 

La première chose qui nous vient à l’esprit quand on pense au Castor, ce sont souvent les barrages. Et pour cause, le castor est un ingénieur hors pair, qui construit des digues, des huttes et des chenaux impressionnants. En 2010, des biologistes canadiens ont découvert au nord-est de l’Alberta le plus grand barrage de castor connu : il atteint 850 m de long et est visible depuis les satellites d’observation de la terre ! Pour construire un barrage, le castor fixe verticalement sur le fond du ruisseau des branches avec les fourches tournées contre le courant et des troncs coupés, puis les stabilise avec des pierres, de la boue, des roseaux et tout ce qui lui passe entre les pattes. Des branches plus petites sont ensuite scellées avec de la boue. Il les transporte avec ses pattes antérieures qu’il utilise comme des mains, tandis qu’il traîne les branches et troncs avec ses dents. Une grande partie du travail se fait donc sous l’eau et contre le courant. Cette vaste entreprise lui prend des semaines, voire des mois, selon l’importance du barrage.

 

Pourquoi les castors font-ils de tels barrages ? Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, cela leur permet de gérer le niveau d’eau à l’entrée de leur terrier. Les castors s’aménagent en effet un terrier à entrée immergée, afin d’être à l’abri des prédateurs, et ont pour cela besoin d’environ 60 cm d’eau au-dessus de leur entrée. Grâce aux barrages, les castors sont en mesure de réguler le cours d’eau. En cas de crues et de risques d’inondation de leur pièce d'habitation, ils retirent des branches sur la partie supérieure du barrage afin qu’une plus grande quantité d’eau puisse s’écouler. Quand l’eau manque, ils surélèvent le barrage pour réduire l’écoulement. Le barrage leur permet aussi d'assurer une profondeur d'eau suffisante pour stocker leur nourriture, dans un grand garde-manger sous-marin, l'eau faisant office de réfrigérateur dans les périodes chaudes. Par la même occasion, ils se retrouvent avec une piscine d’intérieur et plage privée ! Qui dit mieux pour joindre l’utile à l’agréable ?

 

Ce qui fait que le castor est un véritable atout pour le vivant

 

Si globalement le castor a plutôt un a priori favorable auprès des humains, il existe aussi des points de conflits. Quand il construit un barrage, il arrive que cela inonde une partie d’un champ cultivé au bord du cours d’eau, ou une promenade aménagée pour longer la rivière, et il est compréhensible que cela génère un mécontentement. Il s’agit toutefois de dégâts assez minimes, et leur présence est par ailleurs très intéressante pour les humains à de nombreux égards. Les barrages des castors vont favoriser le stockage de l’eau dans le sol, dans les nappes, et aussi baisser la température de cette eau. Leurs barrages peuvent être bénéfiques pour les agriculteurs, pour les zones de captage de l’eau potable, et pour lutter contre les inondations et les sécheresses. Ces zones humides sont aussi d'excellents puits de carbone, ce qui est favorable pour le climat.

 

L’art de vivre du castor s’intègre par ailleurs tout à fait dans l’écologie de la régénération, et vient soutenir les projets humains en ce sens. Il est concrètement un hydrologue hors pair, acteur spontané de la biodiversité. Si nous le laissons faire, il peut transformer un canal monotone en un paysage alluvial paradisiaque. Le barrage de castor s’intègre dans le cours d’eau et génère la création de deux milieux très différents dans la rivière : en amont, l'eau est retenue et stabilisée, créant un petit étang, et en aval, le cours d'eau est très rapide. La faune et la flore sont du coup très différentes. Les castors créent ainsi des mosaïques de milieux et sont donc considérés comme des accélérateurs de fertilité : en ralentissant le cours des rivières, plus de sédiments se déposent, plus de vie pousse, ce qui attire des insectes, des poissons, leurs prédateurs, de nouvelles plantes… En érigeant des barrages et en creusant des tranchées, le castor crée des habitats naturels particulièrement diversifiés. Pour lui, mais aussi pour le martin-pêcheur, la libellule, l’argousier ou l’épilobe. Il favorise également selon les régions la présence du cincle plongeur, de l’anguille, de canards, de hérons, d’hirondelles bicolores, ou de la rainette par exemple. En synthèse, la présence de castors est synonyme de cours d’eau vivant. Ce n’est pas pour rien que cet animal est un symbole du Canada. Il y est considéré comme la clé de voute des écosystèmes aquatiques des forêts tempérées et boréales. Sans les barrages de castors, une bonne partie de l’eau des nombreux petits ruisseaux du Canada coulerait sans s’arrêter dans le paysage. En créant des réserves d’eau et en jetant des arbres par terre, non seulement le castor s’approvisionne en bois pour sa hutte et en branches pour sa nourriture, mais il crée aussi des ouvertures dans les forêts denses, ce qui offre un habitat propice à une grande variété de plantes et d’animaux.

 

On en vient alors à un autre « reproche » qui peut être fait au castor : tout comme les humains (à une autre échelle toutefois…), pour construire leur habitat, les castors coupent des arbres. Ils vont couper ceux qui se trouvent près des cours d’eau, et privilégier les bois tendres (malgré l’efficacité incroyable de leurs dents, qui combinées aux muscles de la mâchoire, font du castor un bûcheron exceptionnel qui peut abattre facilement un arbre de 30 à 40 cm de diamètre en une nuit.) Mais quand le castor coupe un saule, dont il est très friand, de nombreuses tiges vigoureuses repoussent, qui peuvent grandir d'un ou deux mètres en une année. Elles forment des fourrés appétissants que les castors viennent régulièrement exploiter au fur et à mesure que les jeunes pousses atteignent la taille qui leur convient. Plus il en sectionne, plus il en repousse. S’il se ravitaille ailleurs pendant quelques années, les rejets produisent des bouquets de saules beaucoup plus solidement amarrés à la rive qu'un tronc unique. Bûcheron mesuré, le castor varie les zones de coupes selon les saisons et le niveau de la rivière. Il façonne ainsi des clairières et des fourrés de rejets qui alternent avec des bouquets d'arbres rescapés. Par petites touches, la forêt retrouve son ancienne structure, subtile alternance de puits de lumière, de zones fermées et de tous les entre-deux propices là encore à un maximum d'insectes ou d'oiseaux.

 

Il existe aussi des situations plus extrêmes, telles que ce qui se passe en terre de feu (entre l’Argentine et le Chili), ou le castor fait des dégâts écologiques colossaux sur les arbres et est classé comme espèce envahissante. Mais précisons ici qu’il a été introduit par l’homme dans une zone où le castor n’avait jamais été présent, avec une végétation qui n’a donc pas co-évolué avec lui et n’est pas adaptée, pour des raisons économiques, afin d’exploiter sa fourrure. Il ne serait donc pas exact de le tenir pour responsable direct de cette situation.

 

Le castor est équipé pour vivre sur la terre et dans l’eau

 

On comprend que pour pouvoir construire son habitat et ses barrages, le castor a besoin d’être à l’aise à la fois sur terre et dans l’eau. Même s’il est tout de même plus fluide dans l’eau et un peu plus pataud sur terre, mère nature l’a tout à fait bien équipé pour qu’il puisse vivre dans les deux milieux.

 

Pour démarrer la construction de son barrage et l’entrée de son terrier, sous l’eau, il est capable de rester très longtemps sans respirer. Une plongée de routine dure 60 à 120 secondes, mais il pourrait rester jusqu'à quinze minutes sous l'eau, donc d’avantage que les meilleurs apnéistes. Comment fait-il pour tenir aussi longtemps ? Il dispose de plusieurs atouts. D’abord il peut stocker d'importantes quantités d'oxygène dans ses muscles, dans son cœur, et aussi dans des ramifications spéciales de ses vaisseaux sanguins, ainsi que dans son foie exceptionnellement développé. Son foie détruit d’ailleurs au fur et à mesure de la plongée les substances toxiques produites par son métabolisme. Il dispose également d’un cœur qui s’adapte particulièrement bien, puisqu’il réduit ses pulsations de 130 à 50, voire à 10 battements par minute. Toutes ces qualités physiques font du castor un roi de l'apnée, et cela même dans des eaux très froides.

 

Selon les régions et les saisons, le castor est amené à passer des heures dans des eaux glacées sans attraper froid. Il peut le faire grâce à sa formidable fourrure, véritable combinaison de plongée high tech ! Celle-ci est composée de 2 types de poils. Les jarres, de 5 à 7 centimètres, se plaquent immédiatement les uns contre les autres une fois mouillés et forment une couche imperméable qui glisse dans l'eau. En dessous, les poils de bourre forment une laine courte et très serrée qui isole du froid. Sur son dos, c’est environ 12 000 poils qui poussent par centimètre carré, et presque le double sur son ventre avec 23 000 poils. Le seul mammifère au pelage encore plus dense est la loutre (à titre de comparaison, nous avons en moyenne 300 cheveux par cm2 de crâne). Ils sont disposés de telle sorte qu’une fine couche d’air se glisse entre eux en plongée. Cette couche d’air assure que la peau reste bien sèche et sert d’isolant thermique.

 

Autre outil formidable pour permettre au castor de vivre sur terre et dans l’eau : sa queue. Dans l’eau, elle est un véritable gouvernail pour nager. En plongée, elle bat de bas en haut et de haut en bas, ondulation que le castor prolonge avec tout son corps, tandis que ses deux pattes arrière, largement palmées, agissent comme des nageoires. Elle lui sert aussi de contrepoids dans le déplacement des matériaux, de signal d'alarme pour prévenir d'un danger (il la frappe sur l’eau), mais également de traineau pour transporter les petits. Elle contient par ailleurs une réserve de graisse pour lui permettre de ne pas mourir de faim pendant la période hivernale. Elle fait aussi tabouret intégrée pour lui permettre de s’asseoir quand il est à terre. Enfin, elle fait office de "climatiseur", puisqu’en la laissant tremper dans l'eau fraîche en été, il peut réguler sa température corporelle.

 

Pour finir, le castor est équipé pour pouvoir ouvrir la bouche et les yeux sans prendre l’eau. Quand il plonge, il obture ses narines et ses oreilles, contracte son cloaque et recouvre ses yeux d'une membrane translucide. En plus, l'arrière de sa langue peut se relever contre le palais, ce qui lui permet d'ouvrir la gueule pour transporter des branches ou les ronger sous l'eau sans se noyer. Le castor peut également se nourrir et ronger sous l’eau, grâce à un pli de peau à l’arrière des incisives, qui ferme automatiquement la gorge afin qu’il n’avale pas d’eau.  Tous ses doigts et orteils sont équipés de griffes puissantes, parfaits outils pour creuser, et il utilise ses pattes aussi adroitement que l’être humain ses mains. Le petit doigt du castor prend souvent la fonction d’un pouce, en moins développé tout de même.

 

Dans plusieurs pays du monde, le castor a été largement exploité par l’homme, pour sa fourrure, son castoréum (sécrétion huileuse utilisée pour les parfums) et pour sa viande notamment, ce qui a conduit à son extinction complète. En France, il avait quasiment disparu au début du 20ème siècle. Il a été réintroduit avec succès en 1974, sur les bords de Loire, où il se trouve toujours aujourd’hui. Souhaitons-lui pérennité et collaboration équilibrée avec le règne humain !

 

Carte d’identité du Castor :

 

  • Classe : Mammifère ; rongeur
  • Poids : 20 à 30 kg
  • Taille : 80 à 100 cm, queue 20 à 30 cm
  • Durée de vie : 10 à 15 ans (plus de 20 ans en captivité)
  • Vie de famille : monogame
  • Reproduction : de janvier à mars (s'accouplent dans l'eau, en nageant ventre contre ventre), 1 portée par an, de 2 à 4 petits de 500 à 700 grammes, gestation de 105 à 107 jours
  • Alimentation : végétarienne
  • Pas d’hibernation
  • Lieu : Européen (castor européen) et Amérique du nord (castor du Canada)

 

 

Esprit de famille et collaboration !

 

Le castor est monogame et forme des couples pour la vie. Chaque colonie est normalement constituée de deux parents, de rejetons nés l’année précédente et des petits de l’année. Tous vivent dans le même terrier qu’ils construisent en famille. Ils ne restent pas à plus de 3 générations ensemble, et les jeunes de deux ans doivent donc quitter la colonie familiale pour construire leurs propres huttes et barrages à l’arrivée des nouveaux nés.

 

 

Hélène Soing